dimanche 13 décembre 2009

La spéculation vaniteuse

L'immobilier, c'est un mot bizarre, une étrange façon de nommer une des premières nécessités de l'animal social.

Immobiliser et contraindre : de toute évidence le monstre porte bien son nom.

On l'évoque en parlant de richesse alors qu'il s'agit avant tout de valeur d'usage ; sans l'usage nécessaire qui y est associé l'immobilier n'aurait vraiment aucune forme d'attrait.

Patrimoine, voilà encore un mot rugueux à souhait ; "héritage du père" dit le dictionnaire.

A 20 ans ils jetaient des pavés, barricadés autour de la Sorbonne, à 60 ans ils gèrent leur patrimoine immobilier, encouragés par une politique fiscale à leur faveur dédiée.
Ceux là même qui s'indignaient de l'idéologie bourgeoise dans leur jeunesse reproduisent ce schéma indigne dés que leur épargne le leur permet ; ils investissent dans l'immobilier "IL" pour "investissement locatif", De Robien, Scellier, ou comment faire payer ceux qui n'en ont pas les moyens mais qui contraints et forcés vont tous les matins au chagrin faute d'être un peu mieux nés.

Ils ont fière allure ces révolutionnaires en papier mâché, quelle noblesse dans leur posture de marchands de sommeil, ah qu'ils sont utiles, qu'ils font du bien à la jeunesse décervelée.

Sans doute, si ils ne faisaient pas leur bonnes affaires, il y aurait un manque, à qui irait-on louer notre petit 30m2 au pied du métro, les prix à l'achat étant si élevés, nous ne pourrions pas nous loger, nous petits employés mal rémunérés.

Mais, on peut aussi se demander si sans ces accaparateurs avisés, les droits d'entrée à la propriété ne seraient pas beaucoup moins élevés.
Dans un marché de gré à gré, les plus offrant fixent la ligne de flottaison, profitant des loyers pour bloquer au mieux de leurs possibilités l'affranchissement des classes qui leur sont dévouées.

Tout irait bien si il ne s'agissait pas dans le même temps de ces jeunes qu'on oblige à bosser pour leur payer leurs retraites et autres indémnités.

Je trouve éminemment dangereux de jouer à ce petit jeu, ils ont tout accaparé et aux jeunes ils laissent le soin de désespérer.

La bulle éclate, la valeur du patrimoine des plus riches baisse à grande vitesse, révélant aux tenants du système en place sa grande faiblesse.

Lorsque le prix du foncier est elevé c'est toute l'économie sociale qui est grippée : le boucher pour payer son loyer augmente d'autant le prix de vente de son steak haché, du coup le salaire du petit ouvrier suffit à peine à surnager dans cet océan de vanité.

Et voilà que lorsque le marché fait mine de se retourner, on encourage les pauvres à s'endetter, "achetez donc nos mètres carrés, nous en avons finalement assez profité".

Un tas de briques pour 30 ans de travaux forcés, voilà qui est bien joué !

Escalade horizontale

L'être humain est un mammifère avec les mêmes besoins vitaux que la plupart des animaux,
un peu de chaleur, un semblant de sécurité, de la nourriture et un troupeau pour s'entourer.

Cet animal, par sa faculté d'adaptation, a su coloniser le moindre recoin du globe, créant outils et sociétés organisées; malgré les différences de climat, les ressources inégales, l'hostilité relative de l'environnement.

Division du travail, spécialisation des métiers, collaboration et interdépendance lui ont permis de consolider sa présence et prospérer.

La loi de la jungle étant de son point de vue cruelle, il a peu à peu pavé des routes pour y échapper ; son habitat il a réinventé, de murs et citadelles s'est doté.

Il a donc édifié des monuments pour se protéger, conçu des systèmes de justice et d'équité, fait en sorte que l'intérêt y soit partagé et nommé cela "le bien commun".
Sur cette base nouvelle, à l'abri des aléas naturels, l'humanité s'est distinguée.

Puis, à mesure que la population a augmenté, il a trouvé que c'était une bien bonne idée d'en déclasser une partie, de diviser le troupeau et plusieurs sous-groupes, établir une hiérarchie, des têtes couronnées avec leurs bras armés, et tous les autres obligés.

Des siècles plus tard il a décrété qu'il en avait assez de ces querelles surannées, fondé organismes et conseils dans le but de rétablir l'équité, se redonner l'ambition d'évoluer.
Les cités devinrent peu à peu des villes, les laboureurs des exploitants, les artisans des industriels et les autres des salariés; cela avait bonne figure, la symbolisation bien partagée l'humanité repartait sur sa lancée.

Ce qui se produisait entre cités recommençât entre nations, plus cruellement encore, cette fois-ci de manière bien ordonnée, par deux fois le monde s'est embrasé.
Ceux qui ont vécu ces périodes incroyables annoncèrent qu'on ne les y prendrait plus ; que plus jamais ils n'iraient sauter, de gnôle imbibés, dans les tranchées boueuses, à la gloire d'un patriotisme insensé.

Ils acceptèrent de travailler à la reconstruction, motivés comme jamais auparavant pour enfin bâtir quelque chose qu'eux mêmes nommaient société ; pour eux, leurs sœurs, mères et enfants ils ont sué sans compter.
De ces années glorieuses beaucoup on profité, accumulant possessions, obtenant droits et avantages, en chantant l'égalité.

L'héritage n'en est pas vraiment évident ; ils ont tant bâti, tant occupé le terrain, qu'ils ont oublié un petit détail de rien du tout : laisser un peu de place à leur descendance.
Si bien que ceux qui vinrent à la suite, durent se rebeller, tout casser afin de se dégager de l'étreinte trop forte de ce que ceux juste avant eux nommaient société.

En trente années les révoltés d'avant sont devenus les tenants de la soi-disante nouvelle société, la génération montante se retrouve une fois de plus pieds et poings liés.

Finalement, la loi de la jungle est-elle si odieuse à la lumière de cette vaine épopée ?

samedi 12 décembre 2009

Des croissances

PIB, PNB, balance commerciale, encourt de crédit et autres idioties ;

les adultes jouent au monopoly, les enfants, eux, voudraient bien comprendre la vie.

On grandit en devenant tout petit, on se rabougrit dans cette idéologie.

Dans un monde réellement renversé, le vrai n'est qu'un moment du faux.

J'entends dans la rue les gens dire "ça ne peut pas durer", je vois le spectacle exposer que cela doit durer, que le chômage guette, qu'il faut réfléchir à deux fois avant de critiquer.
Jouer le jeu de ceux qui dessinent et distribuent les cartes, accepter de les voir tricher, les laisser gagner sans s'énerver.
C'est comme ça, on n'y peut rien mon pauvre, il faut bien que tout le monde vive.

Ce que je veux, c'est croître, voir la réalité, marcher pieds nus dans l'herbe, apprendre à léviter.

Intimidation majoritaire

La vie, c'est la consommation.

On consomme l'information, le malheur du monde, le présent de la veille.

Il faut tout voir, tout avoir.
Besoin de rien, envie de tout.

Multitude de sollicitations, une seule réponse possible : l'argent.
Les dangers du quotidien, une seule solution : l'argent.
Aspirations, ambitions, un seul carburant : l'argent.

Le passage de l'argent d'un point à un autre rend idiot, réduit l'intelligence à la plus simplette des expressions.

La communication publicitaire s'adresse à la part faible.

Frustrés de n'être pas gagnants, craignant d'arriver perdants, il nous reste la consommation.

Refuser de convoiter la première place sans craindre d'obtenir la dernière libère, mais l'évasion ne dure pas, au prochain spot de pub l'enclos se referme à nouveau.

Un diner parmi des semblables réintègre la brebis au troupeau, moi aussi, moi non plus, nous voulons la même chose, nous fuyons les mêmes démons ; mais dans l'histoire nous n'avons pas un début d'indice sur ce que nous savons.

J'ai vu ce film, je porte cette marque, je roule en bidule et je fume machin, voilà qui je suis, tu me reconnais ? Bien entendu que tu me reconnais, je suis le même que toi, ou que ton voisin, que ton cousin, un copain de ta soeur, ou qu'importe , tu as déjà croisé le même modèle, un autre comme moi à un moment de ta vie.

Ca te rassure, ça te donne l'impression de me comprendre, tu penses même anticiper mon élan; du coup tu veux bien être mon copain.

Et si je te disais que je n'ai jamais assisté à un match de foot, que pour moi le cinéma n'est qu'une imposture, qu'une voiture n'est jamais qu'une boite en fer dotée de roues, qu'à mon sens partir en vacances et me reconstituer prisonnier une fois le temps de la permission écoulée me révulse.
Si je te disais ça, ne trouverais-tu pas inquiétant de me considérer amicalement ?

jeudi 10 décembre 2009

Paris, sale bled !

Paris, ville lumière.

Mouais...

Bled à la con duquel chacun se sauverait si il pouvait, si il en avait le courage, si il entrevoyait une autre voie.

Oui oui, d'accord, à Paris il y a tout, et c'est commode, on prend un verre , puis on prend le métro pour rentrer dans son clapier, on se couche dans sa cage et on dort le temps d'une petite nuit sans pénombre.
On s'y lève en se disant "ah encore une journée de merde", et on s'habille en 3 minutes chrono, vite vite, un jus de chaussettes pressé qu'on avale en toussant.

Le métro, surtout ne pas regarder les autres damnés; ils baissent tous les yeux, ont un livre, un journal gratuit ou finissent leur nuit trop courte, leur rêve inachevé le temps du trajet leur permettant encore un flottement, ultime glissement quotidien avant le crissement d'une journée identique, éternelle, plate comme les précédentes, inutile comme les suivantes.
La vie en dents de scie, lentement ça irrite, si on y accoure ça tranche à vif.

Escalator, toujours le même, cigarette au goût racleur, respiration courte, toux, petite colère soumise.

Arrivé au bureau, la bouche entonne "bonjour machin" , mais le bonhomme pense "ah mon pauvre vieux, t'es déjà là, t'as déjà bu ton café, t'es déjà avachi sur ta chaise, ta posture toujours la même".

On prend sa place, après avoir répété des salutations sans conviction, des mécanismes protocolaires d'une teinte faussement enjouée.

Sa place... hmmm...
Mais ce n'est pas ma place, je ne sais pas ce que je fais là, pourquoi suis-je né en ce lieu insensé, parmi ces fantômes sympathiques ? pour m'en libérer, pour m'en détacher ?

Cela fait maintenant 5 mois que j'ai quitté la ville, le pire c'est qu'elle me manque, mais je ne la supporte plus...
J'ai eu ce courage, ou cette lâcheté de quitter le confort d'une vie sans but, sans réelle responsabilité, caché dans une masse offrant la protection de l'anonymat.
Maintenant je suis ailleurs, parmi des humains moins robotisés, cela fait tout drôle de croiser des regards, d'avoir à répondre aux salutations, de ne pas ignorer les individus peuplant les environs.
Bizarre, enfant on m'obligeait à dire "bonjour monsieur, bonjour madame", et là, ici, nulle part, ça me semble étrange qu'on me salue à la première rencontre.

Mais qui suis-je? Mon identité privée d'anonymat me questionne.
Suis-je ? Je n'en sais rien.

Du coup , après des années de saturation, voilà que je ressens de la colère ; mais contre qui, contre quoi ? Contre ce moi pris dans le rien de ce faux tout, je crois...

Maintenant je cherche autre chose, dans le tout de ce faux rien, peuplé de gens qui ne sont personne en particulier.

Surtout ne pas reproduire ce que je connais, ne pas reconstruire une prison, ne pas s'enfermer dans des certitudes rassurantes.
Construire autre chose, autrement, mais comment?

Viser la liberté : une maison autonome.

Une maison qu'on n'est pas obligé de quitter chaque matin à la même heure pour emprunter toujours le même chemin vers un clan de paumés œuvrant dans le vide sans savoir pourquoi.
Avoir de quoi manger sur place, afin de n'être pas dans la nécessité de conjuguer l'auxiliaire être avec avoir au delà de l'aspect vital.

Henri David Thoreau, inspirateur de Gandhi, initiateur de la désobéissance civile, voilà un chemin qui semble rudement bien sensé.

La vie dans les bois, avec trois enfants, est-ce bien raisonnable ?
Et la vie dans le béton c'est pas totalement dingue peut-être ?